Le mois d’Allah : Muharram Entre traditions [prophétiques] et innovations

Cheikh Mohamed Ali Ferkous ( Qu' Allah le préserve )

 

La louange est à Allah, le Seigneur des Mondes ; que la prière d’Allah et Son salut soient pour celui qu’Allah a envoyé comme miséricorde pour les univers, ainsi que pour sa famille, ses Compagnons et ses frères jusqu’au Jour de la Rétribution.

 

Parmi les hommages consacrés au premier mois de l’année hégirienne, il y a le fait que Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم l’avait attribué à Allah et l’a qualifié de «mois sacré» quand il a dit : «Le meilleur jeûne après Ramadhan, est [celui du] mois sacré d’Allah, Muharram.»(1)

 

Il est connu qu’Allah ne rajoute à Lui que Ses créations spécifiques en signe de préférence et pour les honorer.

 

As-Suyûtî رحمه الله a dit : «On m’a demandé pourquoi [le mois de] Muharram a été spécifié par leur expression, «Mois d’Allah» –le Glorifié et le Très Haut– d’entre tous les mois alors qu’on y trouve [des mois] qui l’égalent ou le surpassent dans le mérite, tel que Ramadhan. Parmi les réponses [à cette question], [le fait] que ce nom est islamique contrairement [aux noms] des autres mois, car ces derniers étaient tous appelés ainsi déjà depuis l’ère préislamique.

 

A cette époque, «Muharram» était dénommé «Safar Al-Awwal», et le mois d’après est «Safar Ath-Thânî». A l’avènement de l’Islam, Allah –le Puissant et le Majestueux – l’a dénommé «Muharram», et il a été attribué à Allah –le Puissant et le Majestueux– selon ce mérite. Cela est un bon précepte que j’ai constaté dans [le livre] Al-Jamhara.»(2)

 

«Il est détestable que «Muharram» soit appelé ‘’Safar’’, car cela est une coutume de l’ère préislamique», comme l’a indiqué An-Nawawi(3).

 

Dans leurs mœurs, les gens (de cette époque) donnaient à ces deux mois «Muharram» et «Safar» le nom de «les deux Safar», du point de vue préférentiel et non pas parce que «Muharram» est un terme nouveau et récent.

 

Le cheikh Bakr Abû Zayd رحمه الله a dit : «Le nom de «mois sacré» était désigné au temps de la Jâhiliyya (période préislamique) ‘’Safar Al-Awwal’’ et sa dénomination ‘’sacré’’ est une terminologie islamique, ce que partagent un certain nombre de savants linguistiques, mais je pense que cela est un équivoque, car le changement de noms apporté dans les questions publiques introduit dans l’esprit des gens des notions confuses non voulues par le Législateur. N’as-tu pas constaté que l’Envoyé d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّمa dit lors du Sermon de l’Adieu : ‘’Qu’est ce mois ?’’

 

Le rapporteur du hadith [le Compagnon Nufay` Ibn Al-Hârith رضي الله عنه] dit : ‘’Nous nous sommes tus au point que nous pensâmes qu’il allait l’appeler par un nom autre que le sien.’’

 

[Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم] dit alors : ‘’N’est-ce pas Dhî Al-Hijja ?’’ Nous répondîmes : ‘’Certes’’. Il dit : ‘’Votre sang, vos biens et votre honneur, entre vous, vous sont interdits comme est sacré ce jour en ce mois-ci dans votre pays…’’(4) Ensuite, [le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم] cita les quatre mois sacrés : ‘’Dhû-l-Qa`dâ, Dhû-l-Hijja, Muharram et Rajab de Mudhar(5) qui est entre Jumâdâ et Cha`bân.’’

 

Donc, si le nom de ‘’Muharram’’ était nouveau, il l’aurait dit aux gens présents et à ceux qui étaient venus des horizons lointains, car si un événement pareil a eu lieu, les gens l’auraient rapporté les uns aux autres, car ils l’appelaient ainsi que Safar "les deux Safar", par prédilection.»(6) (Extrait avec adaptation)

 

 

Cela dit, il n’y a point –pour le premier mois sacré d’Allah– un texte religieux authentique attestant sa spécificité pour (faire) les invocations, la prière, la `Umra ou le jeûne lors du premier jour de l’an avec l’intention de débuter l’année hégirienne avec le jeûne et de la terminer par le jeûne à la fin de l’année, en ayant l’intention de faire ses adieux à l’année hégirienne.

 

Tout ce qui a été rapporté comme hadith à ce propos n’est que mensonge et invention à l’encontre du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم(7). Il n’a pas été authentiquement attesté non plus dans la Charia que la première nuit de Muharram devait être célébrée par la prière, les formules de rappel et l’invocation etc.

 

Abû Châma رحمه الله a dit : «Rien n’est rapporté à propos de la première nuit de Muharram. J’ai fait des recherches dans les textes religieux [Athâr] rapportés, y compris dans ce qui est faible ou authentique, ainsi que dans les hadiths forgés (Mawdhû`), je n’y ai trouvé personne qui aurait relaté quoi que ce soit, et j’appréhende –qu’Allah nous protège– qu’un imposteur en invente quelque chose(8)

 

Dans le mois d’Allah, Muharram, il y a un jour qui a un grand mérite : c’est le jour béni d’Achoura. Son caractère sacré est ancien car c’est le jour où Allah le Très Haut a sauvé Moïse عليه السلام et le peuple d’Israël de la tyrannie du pharaon et de ses soldats qu’Il a noyés ainsi que son peuple. Il a été rapporté dans les deux Sahîhs, d’après le hadith rapporté par Ibn `Abbâs رضي الله عنهما que «le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم est arrivé à Médine où il trouva les juifs en [état de] jeûne le jour d’Achoura.

 

L’Envoyé d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّم leur dit alors: ‘’Qu’est ce jour durant lequel vous jeûnez ?’’ Ils dirent : ‘’C’est un grand jour où Allah a sauvé Moïse et son peuple et a noyé le pharaon et les siens. Moïse l’a jeûné pour remercier Allah et nous le jeûnons également.’’ Alors, l’Envoyé d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّم dit : ‘’Nous, sommes plus en droit et plus proches de Moïse que vous.’’ L’Envoyé d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّمjeûna [ce jour] et ordonna de le jeûner(9)

 

Parmi les mérites (du jeûne de ce jour-là) est qu’il expie les péchés de l’année passée car le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : «Je m’en remets à qu’Il expiera [les péchés] de l’année qui précède.»(10)

 

Il est recommandé de jeûner, aussi, le neuvième jour car c’était son dernier commandement quand il a dit : «Si je devais vivre jusqu’à l’an prochain, je jeûnerai assurément le neuvième [jour]»(11) pour se démarquer des juifs qui jeûnaient uniquement le jour de l’Achoura.

 

Parmi ses jugements, également, l’abrogation du caractère obligatoire, qui devient recommandé, du jeûne du mois de Achoura, conformément au hadith rapporté par Ibn `Umar رضي الله عنهما dans lequel il est dit : «Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a jeûné [le jour] de Achoura et a ordonné de le jeûner, et quand le jeûne de Ramadhan fut décrété, l’obligation du jeûne de Achoura fut délaissée(12)

 

Dans le hadith rapporté par `Â'icha رضي الله عنها : «Quand le jeûne de Ramadhan fut décrété, le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم délaissa [l’obligation de jeûner]Achoura ; celui qui voulait jeûner le faisait et celui qui ne le voulait pas ne le jeûnait pas.»(13)

 

Al-Hâfidh Ibn Hajar رحمه الله a dit : «[Cela] tout en sachant que le caractère recommandé [du jeûne de Achoura] n’a guère été délaissé, il est plutôt maintenu.

 

Ce qui est indiqué est le renoncement à son obligation, alors que sa recommandation était maintenue, surtout qu’on ne cessait pas de lui vouer de l’intérêt constamment, jusqu’à l’année de la mort du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم qui a dit : ‘’Si je devais vivre, je jeûnerai assurément le neuvième et le dixième [jours]’’, et il exhortait à le jeûner [sachant que ce mois] expie [les péchés] de toute une année, et quelle affirmation plus probante que cette dernière !»(14)

 

Aussi, il est faux de croire qu’il est obligatoire de jeûner le jour de Achoura ou de croire à l’obligation ou à la recommandation de le rattraper pour celui qui ne l’a pas jeûné, ou de spécifier le neuvième jour –sans le dixième– pour jeûner.

 

Egalement, il n’a été rapporté du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم et de ses Compagnons que le jeûne (ce jour-là), car Achoura ne renferme pas de rites festifs ni mortuaires, ni de largesses de dons pour la famille, ni de coups assenés aux poitrines et d’épilation de poils, ni de poches déchirées ni d’effusion de sang. Tout cela est contraire à la Sounna pure du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم.

 

Cheikh Bakr Abû Zayd رحمه الله a dit : «Ce qui est admis chez les musulmans est qu’il n’y a aucun hadith authentique relatif à l‘Achoura, que ce soit pour le jour ou la nuit. Tout hadith rapporté à ce sujet, et qui relate de faire preuve de générosité envers la famille le jour de l’Achoura est un hadith fabriqué ou forgé et n’est point authentique. Rien n’est attesté lors de ce jour excepté le jeûne [de ce jour-là] et le jour d’avant, car c’est le jour où Allah –qu’Il soit Glorifié et Vénéré– a sauvé son prophète Moïse عليه السلام.»(15)

 

Je disais : il a été authentiquement rapporté que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit :

«Quiconque innove dans notre Ordre-ci [notre religion] ce qui n’en fait pas partie, son œuvre [lui] sera rejetée.»(16) Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit également : «…Prenez garde aux innovations [religieuses]; car toute innovation est hérésie et toute hérésie est égarement.»(17)

 

Ce qui est regrettable –en vérité– est que les musulmans ne suivent pas ce qui est légiféré, mais ils s’empressent de faire du premier (jour) du mois sacré d’Allah un jour festif pour le début du nouvel an hégirien à l’instar du nouvel an chrétien.

 

Ils en font, également, une occasion pour fêter les événements du calendrier annuaire et les célébrer –pour le vénérer– par des formules de rappel, des évocations, des sermons, des cours, des conférences, de la poésie et des soirées artistiques, musicales et culturelles ainsi que par l’échange de vœux et de souhaits etc., autant de choses que les gens ont innovées avec l’apparition d’empreintes d’imitation aux Gens du livre.

 

D’un autre côté, les hauts faits et les nobles événements assemblés par la biographie exquise de l’Envoyé d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّم, à l’image de sa venue pour l’humanité comme annonceur de la bonne nouvelle et avertisseur, sa réception de la Révélation, le miracle du noble Coran entre autres, la Nuit du Voyage nocturne et de l’Ascension, son émigration de La Mecque vers Médine, la survenance des batailles et des combats (conduits par le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, la fondation de l’Etat islamique, l’élévation de l’étendard du djihad sur le sentier d’Allah, la religion d’Allah qui s’est propagée en divers horizons ainsi que tous les illustres événements qui ont eu lieu à l’époque du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, tout cela n’a pas attribué de caractère légiféré pour commémorer l’émigration du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم au premier jour du mois sacré d’Allah, à chaque nouvelle année, comme étant un jour festif et férié pour les musulmans par habitude et répétition.

 

Car, il est connu –religieusement– que les fêtes et les événements religieux sont considérés comme faisant partie des actes d’adoration. Ces derniers –par leur sentence– sont des actes dont le caractère se limite (aux Textes), qui ont besoin de preuve pour qu’ils soient légiférés, comme cela est déterminé dans les règles religieuses, car Allah le Très Haut a dit :

 

﴿ثُمَّ جَعَلْنَاكَ عَلَى شَرِيعَةٍ مِنَ الأَمْرِ فَاتَّبِعْهَا وَلاَ تَتَّبِعْ أَهْوَاءَ الَّذِينَ لاَ يَعْلَمُونَ﴾ [الجاثية: 18]

 

Traduction du verset :

 

Puis, Nous t’avons mis sur la voie de l’Ordre [une religion claire et parfaite]. Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas.﴿ [Al-Jâthiya

(L’Agenouillée) : 18].

Le Très Haut a dit aussi :

 

﴿أَمْ لَهُمْ شُرَكَاءُ شَرَعُوا لَهُمْ مِنَ الدِّينِ مَا لَمْ يَأْذَنْ بِهِ اللهُ وَلَوْلاَ كَلِمَةُ الفَصْلِ لَقُضِيَ بَيْنَهُمْ وَإِنَّ الظَّالِمِينَ لَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ﴾ [الشورى: 21]

 

Sens du verset :

 

Ou bien auraient-ils des associés [à Allah] qui auraient établi pour eux des lois religieuses qu’Allah n’a jamais permises? Or, si l’arrêt décisif n’avait pas été prononcé, il aurait été tranché entre eux. Les injustes auront certes un châtiment douloureux.﴿»[Ach-Chûrâ (La Consultation) : 21].

 

L’Envoyé d’Allah عليه السلام a dit : «Quiconque accomplit une œuvre [religieuse] sans qu’elle ne fasse partie de notre Ordre [lui] sera rejetée.»(18)

 

Rien, à l’origine, dans le Livre d’Allah ni dans la Sunna de Son Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم ne défend la commémoration du premier jour du mois de Muharram. Rien, également, n’a été recueilli des actes de ses nobles Compagnons et de ceux qui les ont suivis de la bonne conduite non plus.

 

Il n’y a pas lieu d’introduire les fêtes et les commémorations, par le biais de ces occasions, dans le domaine des grâces à rendre à Allah le Très Haut ou de vénération vouée à Son Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم. Car, rendre grâce à Allah, ce n’est pas s’associer à Lui dans le domaine de la législation et des jugements. Allah le Très Haut a dit :

﴿وَلاَ يُشْرِكُ فِي حُكْمِهِ أَحَدًا﴾ [الكهف: 26]

Et Il n’associe personne à Son commandement.﴿ [Al-kahf (La Caverne) : 26].

 

Rendre grâce à Allah se réalise plutôt par l’obéissance et l’adoration [qu’on Lui voue], conformément à Sa Législation.

 

Et la vénération du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم consiste à suivre sa Sounna, à lui obéir dans ce qu’il ordonne et dans ce qu’il désapprouve, se soumettre à ses jugements, le suivre dans son aspect extérieur et interieur, et ne pas innover en religion.

 

Assurément, Allah le Très Haut a dit :

 

﴿لَقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ لِمَنْ كَانَ يَرْجُو اللهَ وَاليَوْمَ الآخِرَ وَذَكَرَ اللهَ كَثِيرًا﴾ [الأحزاب: 21].

 

Sens du verset :

 

En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allah et au Jour Dernier et invoque Allah fréquemment.﴿ [Al-Ahzâb (Les Coalisés) : 21].

 

Allah le Glorifié a dit aussi :

 

﴿قُلْ إِنْ كُنْتُمْ تُحِبُّونَ اللهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللهُ وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ﴾ [آل عمران: 31]

 

Sens du verset :

 

Dis : ‘’Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux’’.﴿ [Âl `Imrân (La Famille d’Imrân) : 31].

 

Ibn Kathîr رحمه الله a dit : «Ce noble verset est la sentence pour quiconque prétend aimer Allah sans qu’il ne soit sur la voie mohammadienne.

 

C’est un menteur dans ses prétentions et en même temps dans le contexte identique jusqu’à ce qu’il suive la législation mohammadienne et la religion prophétique, dans toutes ses paroles et ses situations.

 

Car, il a été authentiquement rapporté dans le Sahîh que l’Envoyé d’Allah a dit : «Quiconque accomplit une œuvre [religieuse] sans qu’elle ne fasse partie de notre Ordre [lui] sera rejetée..»

 

Hassane Al-Basrî رحمه الله et d’autres prédécesseurs ont dit : «Un certain peuple a prétendu qu’il aimait Allah. Alors, Allah l’a éprouvé par ce verset :

 

﴿قُلْ إِنْ كُنْتُمْ تُحِبُّونَ اللهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللهُ﴾

 

 Sens du verset :

 

Dis : ‘’Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors﴿»(19)

 

Puis –d’un troisième angle– il n’échappe (à personne) que le premier jour du mois sacré d’Allah est le début du calendrier annuaire musulman dans l’année hégirienne, autant qu’il a été pris comme système de datation par les nobles Compagnons رضي الله عنهم à l’unanimité dans l’Etat dirigé par `Umar(20) se démarquant, ainsi, du calendrier annuaire des chrétiens qui le dataient à partir de la naissance du messie `Îssâ عليه السلام.

 

Malgré cela, l’émigration du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم n’a pas eu lieu au mois de Muharram, mais elle débuta de La Mecque à Médine au début du mois de Rabî` Al-Awwal de la treizième année après son envoi.

 

Il صلَّى الله عليه وسلَّم parvint à Qubâ' après douze nuits passées de ce mois, un lundi, comme relaté par les gens (savants) du hadith et de la biographie du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم(21).

 

Ainsi, il apparaît clairement que le mois de Muharram n’était pas la période de l’émigration du Prophète صلَّى الله عليه وسلم mais la décision d’émigrer a eu lieu au cours de ce même mois, selon le plus fort des dires [des savants), comme l’a déclaré Al-Hâfidh Ibn Hajar رحمه الله quand il a dit : «[Le jour de l’émigration] fut devancé de Rabî` Al-Awwal au Muharram, car le prélude de la décision d’émigrer commença au mois de Muharram, parce que la Bay`a [acte d’allégeance] a eu lieu au cours du mois de Dhû-l-Hijja, qui marque le prélude à l’émigration. Le premier croissant recensé, après la Bay`a [acte d’allégeance] et la décision d’émigrer, fut celui de Muharram, qui serait plus convenable pour être le début, et c’est ce qui m’apparaît comme étant le plus fort [avis], quant au caractère commode de débuter par Muharram(22)

 

Selon un quatrième angle, il serait plus juste et plus équitable que les musulmans suivent l’exemple de l’Envoyé d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّم et s’exhortent par sa conduite et tirent profit de ce qui a eu lieu, à son époque, comme faits grandioses et nobles événements, en tirent des enseignements et des leçons, durant toute l’année.

 

Enseignements dont les significations spirituelles seront traduites par des modèles sincères qui corrigeront la conduite du musulman, son comportement et sa morale qui seront, ainsi, éclairés par la niche prophétique, et non pas limiter sa biographie, et en tirer profit de ses faits uniquement lors des commémorations, par des sermons au cours de jours fixes de l’année, ou par seulement des souvenirs, de façon récurrente chaque année, et qui tomberont rapidement dans l’oubli après.

 

Tout cela, sans qu’on ne remarque l’impact de la foi et de la morale sur la conduite et le comportement des musulmans. Bien au contraire, on remarque que beaucoup de gens s’empressent pour se déplacer des pays de l’Islam vers les pays de mécréance, dans le but de cohabiter (avec leurs habitants) et d’y chercher les moyens de subsistance, en étant en accord avec eux, et de mener au milieu d’eux une vie animale, pour leur ressembler dans leurs us et coutumes, leurs fêtes et modes de vie.

 

Aussi, où est, donc, l’effet de la foi et des œuvres en commémorant l’émigration de l’Envoyé d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّم, qui a émigré du pays du Chirk vers le pays de la foi et d’Islam ?

 

Ainsi, l’intérêt accordé par les pieux prédécesseurs et ceux qui les ont suivis dans le bien pour l’exquise biographie du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم et ses faits éminents (s’est matérialisé) par l’étude, les leçons et les enseignements qu’ils en ont tirés.

 

Bien plus, le profit qu’ils en tiraient se manifeste à la longueur des jours et des nuits de l’année, de ses (buts) significatifs qui se reflétaient dans leur conduite et leur comportement, en suivant le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dans ses valeurs morales, marchant sur le chemin de sa voie, et le prendre comme exemple dans son appel à unifier Allah, et à unifier le suivi du Messager d'Allah.

 

Ils appliquaient ce qu’a ordonné la Législation et à délaisser ce qu’elle interdit, suivant ce qu’a dit le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم :

 

«L’émigré est celui délaisse ce qu’Allah a interdit»(23) et, dans un autre hadith : «L’émigré est celui qui délaisse les mauvaises actions»(24), cela, en se conformant à la Législation divine dans ce qu’elle aime et agrée, et en s’éloignant de ce qui pourrait provoquer le courroux (d’Allah le Très Haut), ce qu’Il déteste, ce qu’Il abhorre et ce qui Lui déplaît comme paroles, actes, croyances et existences, comme cela est connu dans le principe d’alliance et du désaveu.

 

Cela fait partie des implications assurément des deux attestations de foi et l’une de leurs conditions. Allah le Très Haut a dit :

 

﴿لاَ يَتَّخِذِ الْمُؤْمِنُونَ الْكَافِرِينَ أَوْلِيَاءَ مِنْ دُونِ الْمُؤْمِنِينَ وَمَنْ يَفْعَلْ ذَلِكَ فَلَيْسَ مِنَ اللهِ فِي شَيْءٍ إِلاَّ أَنْ تَتَّقُوا مِنْهُمْ تُقَاةً﴾ [آل عمران: 28]

 

Sens du verset :

 

Que les croyants ne prennent pas, pour alliés des infidèles au lieu de croyants. Quiconque le fait contredit la religion d’Allah, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux. ﴿ [Âl `Imrân (La Famille d’Imran) : 28].

 

Allah le Très Haut a dit également :

 

﴿يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لاَ تَتَّخِذُوا الْيَهُودَ وَالنَّصَارَى أَوْلِيَاءَ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاءُ بَعْضٍ وَمَنْ يَتَوَلَّهُمْ مِنْكُمْ فَإِنَّهُ مِنْهُمْ إِنَّ اللهَ لاَ يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ﴾ [المائدة: 51]

 

Sens du verset :

 

Ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés devient un des leurs. Allah ne guide certes pas les gens injustes.﴿ [Al-Mâ'ida (La Table Servie) : 51], ainsi que :

 

﴿لاَ تَجِدُ قَوْمًا يُؤْمِنُونَ بِاللهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ يُوَادُّونَ مَنْ حَادَّ اللهَ وَرَسُولَهُ وَلَوْ كَانُوا آبَاءَهُمْ أَوْ أَبْنَاءَهُمْ أَوْ إِخْوَانَهُمْ أَوْ عَشِيرَتَهُمْ﴾ [المجادلة: 22]

 

Sens du verset :

 

Tu ne trouveras pas, parmi les gens qui croient en Allah et au Jour Dernier, qui prennent pour amis ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager, fussent-ils leurs pères, leurs fils, leurs frères ou les gens de leur tribu.﴿ [Al-Mujâdala (la Discussion) : 22], ainsi que dans d’autres versets.

 

Telle est l’émigration interne qui se loge dans le cœur et accompagne le musulman durant toute sa vie et ne le quitte pas. Parallèlement, dans la pratique, cette émigration interne accompagne l’émigration physique apparente et externe qui l’englobe, et c’est l’émigration du musulman des pays du Chirk vers les pays d’Islam, et de manière obligatoire pour celui qui est incapable de montrer les signes de la foi islamique dans les pays de la mécréance, ni alliance ni désaveu, il ne fait pas partie des gens faibles qui ne peuvent effectuer l’émigration, ou de ceux que les conditions politiques et géographiques empêchent de le faire.

 

Ainsi, nous avons deux émigrations vers Allah et Son Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, qui a dit : «…Celui dont l’émigration est pour Allah et Son Messager, son émigration le sera pour Allah et Son Messager.»(25)

 

Ibn Al-Qayyim رحمه الله a écrit concernant l’émigration : «Il y a deux émigrations :

 

– Une émigration vers Allah en Le sollicitant, avec amour et piété, en ayant confiance en Lui, avec la repentance, la soumission, en se confiant à Lui, la crainte, l’espoir, et en se tournant vers Lui, en étant sincère dans le refuge et le besoin [qu’on éprouve] envers Lui chaque instant ;

 

– Une émigration vers le Messager d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّمdans ses mouvements et ses constances, apparents ou cachés, de façon que ce soit compatible avec la Législation, en choisissant Sa dévotion et [d’obtenir] Son agrément, car Allah n’accepte de quiconque une foi autre que la Sienne.»(26)

 

Et le savoir est en Allah le Très Haut, et notre dernière invocation est : louange à Allah le Seigneur des Mondes et que Sa prière et Son salut soient sur Muhammad, sa famille et ses frères jusqu’au Jour Dernier.

Alger, le 22 de Dhû-Al-Hijja 1430H
correspondant au 09 décembre 2009

 

(1) Rapporté par Muslim (1163) d’après Abû Hurayra رضي الله عنه.

 

(2) Ad-Dîbâj Charh Sahîh Muslim Ibn Al-Hajjâj d’As-Suyûtî (3/251).

 

(3) Al-Adhkâr d’An-Nawawî (364).

 

(4) Rapporté par Al-Bukhârî (67) et Muslim (1679) d’après Abû Bakra Nufay` Ibn Al-Hârith رضي الله عنه.

 

(5) An-Nawawî dit dans Charh Muslim (11/168) : «Il y avait entre les Banî Mudhar et Banî Rabî`a un désaccord au sujet de Rajab. Les Banî Mudhar donnaient cette appellation au mois intercalé entre Jumâdâ et Cha`bân alors que les Banî Rabî`a la donnaient au Ramadhan. C’est pour cette raison que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّمl’a adjoint aux Banî Mudhar.»

 

Les Banî Mudhar, les Banî Rabî`a sont deux peuples qui font parties des Arabes descendant de `Adnân (Mudhar, Rabî`a, Anmâr et Iyâd étaient les enfants de Nizâr Ibn Ma`ad Ibn `Adnân). Note du traducteur.

 

(6) Mu`jam Al-Manâhî Al-Lafdhiyya de Bakr Ibn `Abd Allah Abû Zayd (341-342).

 

(7) Entre autres le hadith forgé (Mawdhû`) : «Quiconque jeûne le dernier jour de Dhû-l-Hijja et le premier jour de Muharram, aura fini l’année précédente et débuté l’année suivante par un jeûne, Allah lui octroyera l’expiation de 50 années.» [Voir : Al-La'âli' Al-Masnû`a d’As-Suyûtî (2/108), Tanzîh Ach-Charî`a d’Al-Kinânî (2/148) et Al-Fawâ'id Al-Majmû`a d’Ach-Chawkânî (96)].

 

(8) Al-Bâ`ith `Alâ Inkâr Al Bida` Wal-Hawâdith d’Abû Châma (239).

 

(9) Rapporté par Al-Bukhârî (2004) et Muslim (1130) d’après Ibn `Abbâs رضي الله عنهما.

 

(10) Rapporté par Muslim (1162) d’après Abû Qatâda Al-Ansarî رضي الله عنه.

 

(11) Rapporté par Muslim (1134) d’après Ibn `Abbâs رضي الله عنهما.

 

(12) Rapporté par Al-Bukharî (1892) d’après Ibn `Umar رضي الله عنهما.

 

(13) Rapporté par Al-Bukharî (2002) et Muslim (1125) d’après `Â'icha رضي الله عنها.

 

(14) Fath Al-Bârî d’Ibn Hajar (4/247).

 

(15) Tashîh Ad-Du`â' de Bakr Abû Zayd (109).

 

(16) Ce hadith fait l’objet d’un consensus ; rapporté par Al-Bukhârî (2697) et Muslim (1718) d’après `Â'icha رضي الله عنها.

 

(17) Rapporté par Abû Dâwûd dans As-Sunna (4607) et At-Tirmîdhî (2676) d’après Al-`Irbâdh Ibn Sâriya رضي الله عنه. Authentifié par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahîha (2735).

 

(18) Rapporté par Muslim (1718) d’après `Â'icha رضي الله عنها.

 

(19) Tafsîr Al-Qur'ân Al-`Adhîm d’Ibn Kathîr (1/358).

 

(20) Voir : Al-Bidâya Wan-Nihâya d’Ibn Kathîr (3/177).

 

(21) Voir Al-Bidâya Wan-Nihâya (3/177, 190) et Al-Fussûl Fî Sîrat Ar-Rassûl (80) les deux d’Ibn Kathîr et Mukhtassar Sîrat Ar-Rassûl de Muhammad Ibn `Abd Al-Wahhâb (2/166).

 

(22) Fath Al-Bârî d’Ibn Hajar (7/268).

 

(23) Rapporté par Al-Bukhârî (10) d’après `Abd Allah Ibn `Amr رضي الله عنه.

 

(24) Rapporté par Ibn Hibbân dans son Sahîh (196) d’après `Abd Allah Ibn `Amr رضي الله عنهما. Authentifié par Al-Albânî dans son authentification du livre Al-Îmân d’Ibn Taymiyya (3).

 

(25) Rapporté par Al-Bukhârî (1) et Muslim (1907) d’après `Umar Ibn Al-Khattâb رضي الله عنهما.

 

(26) Tarîq Al-Hijratayn d’Ibn Al-Qayyim (20).

 

 

Source :

 

http://www.ferkous.com

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