Le jugement relatif aux grèves, aux sit-in et aux manifestations en général

Cheikh Mohamed Ali Ferkous ( Qu' Allah le préserve )

 

La question :

Notre honorable Cheikh, je travaille comme professeur dans le secteur de l'éducation et dans les jours à venir les travailleurs du secteur vont faire une grève afin de réaliser des revendications objectives.

 

Quel est alors le jugement de la Charia concernant la grève ?

 

La réponse :

 

Louange à Allah, Maître des Mondes; et paix et salut sur celui qu'Allah a envoyé comme miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection.

Ceci dit :

Les grèves de toutes sortes sont des méthodes du régime démocratique à travers lequel le peuple exerce les formes de la souveraineté absolue.

En effet, pour les démocrates, la grève contre le statu quo est considérée comme un acte juste par lequel on réforme l'état politique, social et professionnel en le changeant du mauvais vers le bon ou du bon vers le meilleur.

Néanmoins, la Charia considère que les régimes démocratiques par toutes leurs méthodes sont l'une des formes de Chirk (polythéisme, association) dans la législation des lois religieuses; car ces régimes annulent la souveraineté du Créateur ainsi que Son droit absolu de légiférer des lois, pour le rendre un droit appartenant aux créatures.

Cette voie est celle qu'a empruntée la laïcité moderne en séparant la religion de l'État et de la vie. Cette laïcité qui a transféré la source des jugements et de la ligislation à la nation sans que celle-ci soit sous une autorité ou sous aucun contrôle.

Nous demandons à Allah l'appui et l'assistance.

 

Ceci est contraire à l'autorité de la nation en Islam. Car en Islam la souveraineté appartient à la Charia, tandis que la nation ne peut point légiférer en matière de religion ce qu'Allah n'a pas permis. Allah dit :

 

أَمْ لَهُمْ شُرَكَاءُ شَرَعُوا لَهُم مِّنَ الدِّينِ مَا لَمْ يَأْذَن بِهِ اللهُ﴾ [الشورى: 21].

Le sens du verset :

 

﴾ Ou bien auraient-ils des associés [à Allah] qui auraient établi pour eux des lois religieuses qu'Allah n'a jamais permises ? ﴿ [Ech-Choûrâ (La Consultation) : 21].

 

Sur ce, les grèves, les sit-in et les manifestations ainsi que toutes les méthodes inhérentes à la démocratie font partie des habitudes des mécréants et des manières par lesquelles ils se conduisent avec leurs gouvernements. Ces méthodes-là n'ont, en effet, aucune relation avec la Religion de l'Islam.

 

De plus, il n'appartient aucunement aux gens de la foi de revendiquer des droits, même s'ils sont légitimes, par le moyen d'arrêter le travail, de propager le désordre et le soutenir, de provoquer les émeutes et médire des personnes qui n'y participent pas; et par bien d'autres actes qui sont réprouvés par les textes religieux et contestés par la bonne moralité du musulman, par son éducation et par la bonne voie qu'il suit.

Par contre, le musulman peut obtenir ses droits par les moyens qui sont permis par la Charia, en s'adressant aux responsables et aux gouvernants.

 

Si ses revendications se réalisent, c'est une faveur de la part d'Allah ; si non il doit avoir recours à la patience et considérer son acte comme méritoire dans l'au-delà, comme il doit revendiquer ses droits de nouveau jusqu'à ce qu'Allah lui accorde Sa faveur, certes, c'est Lui le Meilleur de ceux qui accorednt les faveurs.

En outre, il est authentiquement rapporté par l'intermédiaire de `Oubâda Ibn Es-Sâmit qui a dit : « Le Prophète nous avait appelés et nous lui avons prêté serment d'allégeance.

Et parmi ce qu'il nous avait ordonné : c'était d'écouter et d'obéir aux gouvernants dans la prospérité et dans l'adversité, dans l'aise et dans la gêne, même s'ils ne nous donnent pas nos droits, et de ne pas les combattre pour avoir le pouvoir, sauf si nous constatons une incrédulité flagrante dont nous avons une preuve d'Allah (i.e. émanant d'un texte religieux authentique et clair) »[1].

Ahmed a ajouté : « … et même si tu vois que tu as raison »[2] c'est-à-dire : « Même si tu crois que tu as raison, ne fais rien. Tu dois, plutôt écouter et obéir jusqu'à ce que tu obtiennes ton droit sans que tu désobéisses aux gouvernants »[3].

Dans une autre version rapportée par Ibn Hibbâne et Ahmed, le Prophète a dit : « … et même s'ils prennent ton argent et frappent ton dos »[4].

Dans l'autre hadith rapporté par Ibn Mess`oûd , le Prophète a dit : « Vous allez voir, après moi, une injustice[5] et des choses que vous réprouverez. Ils disent alors : Ô Messager d'Allah, que nous ordonnes-tu ? Il leur répondit : rendez-leur (aux gouvernants) leurs droits et demandez à Allah de vous accordez vos droits »[6].

Enfin nous invoquons Allah de nous montrer la vérité telle quelle et de nous accorder la faveur de la suivre et de nous montrer le mal tel quel et de nous accorder la faveur de l'éviter, et notre dernière invocation est qu'Allah, Seigneur des Mondes, soit Loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 16 Dhou El-Hidjah 1426 H,

 

Correspondant au 16 janvier 2006 G.

 

[1] Rapporté par El-Boukhâri, chapitre des « Épreuves » (hadith 7056), par Mouslim, chapitre de « L'autorité », (hadith 4877), par Ahmed (hadith 23347) et par El-Bayhaqi (hadith 16994), par l'ntermédiaire de `Oubâda Ibn Es-Sâmit .

 

[2] Rapporté par Ahmed (hadith 23405). Ce hadith est jugé authentique par El-Albâni dans « Dhilâl El-Djanna » (hadith 1028). Cet ajout est rapporté par El-Bayhaqi dans ses « Sounane », chapitre du « Partage et de la désobéissance » par l'ntermédiaire de 'Oum Aymane (hadith 15174).

 

[3] Voir « Fath El-Bâri » d'Ibn Hadjar (13/10).

 

[4] Rapporté par Ibn Hibbâne (hadith 4645), chapitre des « Biographies » concernant l'obéissance aux gouvernants, et par Ibn Abi `Âssim dans « Es-Sounna ». El-Albâni l'a jugé authentique dans « Takhridj Es-Sounna » (hadith 1026). Pour ce qui est de la version de Ahmed « 24140 », elle est cité comme suit : « …et même s'il accable ton dos et prend ton argent » par l'intermédiaire de Houdayfa .

 

[5] C'est-à-dire : par le fait que les gouvernants s'approprient des intérêts mondains à eux seulement et ne donnent pas aux autres leurs droits.

 

[6] Rapporté par El-Boukhâri, chapitre des « Épreuves » (hadith 7052), par Et-Tirmidhi, chapitre des « Épreuves » (hadith 2349) et par Ahmed (hadith 3713) par l'intermédiaire de `Abd Allâh Ibn Mess`oûd .

 

Source :

http://www.ferkous.com

 

Tag(s) : #Fatwas

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :