Cheikh Mohamed Ali Ferkous ( Qu'Allah le préserve )

 

 

Question :

 

Quel est le statut des sucreries importées d’Angleterre et d’autres pays européens, et qui contiennent de la gélatine, matière que l’on trouve dans les os et la chair du porc et de la vache ?

 

Et quel est le statut des fromages contenant de la présure («rennet» en anglais), matière extraite du ventre du chevreau ou de l’agneau qui se nourrit du lait de sa mère (ce qu’on appelle en arabe Infaha), sachant que les gens de ces pays, la plupart du temps, n’égorgent pas les bêtes ?

 

Réponse :

 

La louange est à Allah, le Souverain des mondes et prières et salut soient sur celui qu’Allah a envoyé comme miséricorde pour les mondes, ainsi que pour sa famille, ses Compagnons et ses frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

 

Cela dit :

 

Rien n’empêche que soient autorisés les sucreries et les fromages importés contenant de la gélatine et de la présure, si ces substances sont extraites d’animaux dont on peut manger la viande, ou de matières licites qui découlent de ce qu’égorgent les gens du Livre et ce qu’ils ont l’habitude de fabriquer. Ces substances sont pures, car Allah a dit :

 

وَطَعَامُ الَّذِينَ أُوتُوا الكِتَابَ حِلٌّ لَكُمْ وَطَعَامُكُمْ حِلٌّ لَهُمْ﴾ [المائدة: 5].

 

 

﴾Et la nourriture de ceux qui ont reçu le livre est licite pour vous et votre nourriture est licite pour eux﴿ [Al-Mâ'ida (La table Servie) : 5].

 

Si, par contre, la gélatine est extraite d’animaux qu’il est interdit de manger à cause de leur impureté et du danger (qu’il représente pour la santé), comme la peau et les os du porc, ou qu’elle est extraite de tout autre animal ou substance interdits, alors, il est religieusement interdit de consommer, de vendre, de se procurer ou d’utiliser dans la nourriture les sucreries et tous autres aliments mélangés à la gélatine.

 

Ce jugement s’appuie sur les textes qui expriment l’interdiction (de consommer) du porc, des cadavres (les bêtes mortes non égorgées légalement) et les autres impuretés, puisqu’il est connu dans le Fiqh que «l’interdiction suit l’impureté et la nuisance».

 

Si ces aliments et ces marchandises sont mélangés à la gélatine d’une façon qui fait naître le doute, à cause d’une ambigüité, alors, il devient obligatoire de les délaisser.

 

Ainsi, priorité est donnée à l’interdiction et on applique la précaution citée dans la parole du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم :

 

«Celui, donc, qui évite les choses ambigües, aura préservé sa religion et son honneur, et celui qui tombe dans les choses ambigües tombera dans l’illicite.»(1) ainsi que sa parole صلَّى الله عليه وسلَّم : «Laisse ce qui te fait douter pour ce qui ne fait pas douter.»(2)

 

Quant aux fromages contenant de la présure (ou «rennet»), tant que celle-ci est extraite du ventre du chevreau ou du petit agneau, sachant que tous deux font partie des animaux qu’il est permis de manger, il n’y a pas de problème si l’animal a été égorgé légalement.

 

Le problème se pose lorsque ces animaux sont des cadavres (c’est-à-dire non égorgés) ou n’ont pas été égorgés de façon légale, comme c’est le cas dans la plupart des pays occidentaux européens parmi les gens du Livre. Il se pose également si ces animaux ont été égorgés par des Majûs, ce qui est un sujet de divergence entre les savants concernant sa permission ou son interdiction.

 

Cette divergence découle de leur divergence relative au lait de l’animal mort et à sa présure : sont-ils purs ou impurs ? Celui qui est d’avis qu’ils sont impurs déclarera illicite ce qui est fabriqué avec de la présure : que ce soit des sucreries ou des fromages. Tel est l’avis de Mâlik, d’Ach-Châfi`î et une version d’Ahmad.

 

Et celui qui est d’avis qu’ils sont purs déclarera qu’ils sont licites, comme c’est l’avis d’Abû Hanîfa(3) et l’autre version rapportée de Ahmad. Ibn Taymiyya رحمه الله a agréé cette version(4) en disant : «Ce qui est le plus évident, c’est que leur fromage [il parle ici des Majûs] est licite et que le lait et la présure de la bête morte [sans être égorgée légalement] sont pures.»(5) C’est, des deux avis, celui qui semble être le plus fort, si l’on considère les pratiques des Compagnons lorsqu’ils ont conquis la contrée de l’Irak.

 

En effet, ils mangeaient le fromage des Majûs et cela s’était répandu parmi eux sans que personne ne le désapprouve. De plus, le lait et la présure ne sont pas sujets à la mort. Ceux qui ont jugé qu’ils étaient impurs ne l’ont fait que du fait que tous deux sont extraits du corps d’un cadavre, qui est un réceptacle impur.

 

Cependant, on ne peut accepter de dire qu’un liquide devient impur lorsqu’il entre en contact avec l’impureté, vu la généralité du hadith d’Abû Sa`îd Al-Khudrî dans lequel le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : «L’eau est pure ; rien ne la rend impure.»(6) Tous les liquides ont le même statut que l’eau, qu’ils soient en petite ou en grande quantité.

 

De ce qui précède, on peut affirmer que vendre ces sucreries et fromages est permis et licite, tant que l’on ne sait pas qu’ils contiennent une matière illicite, telle que la graisse du porc ou une partie d’une bête morte (si cette partie est sujette à la vie). S’ils en contiennent, ils sont sans aucun doute illicites, tant que leur réalité n’a pas changé.

 

Une fois que l’on a montré cette règle de base dans chacune des deux questions, il reste à définir le statut de chaque cas particulier et ce, en vérifiant si le critère duquel dépend l’interdiction est présent dans le cas concerné.

 

Et le savoir est auprès d’Allah et nous disons pour finir : la louange est à Allah, le Souverain des mondes, que les prières et le salut soient sur notre Prophète Muhammad, ainsi que sa famille, ses Compagnons et ses frères, jusqu’au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 13 Rabî` 2, 1431 (29 mars 2010).

 

(1) Rapporté par Al-Bukhârî (1/ 19) et par Muslim (2/ 750) : 1599, d’après An-Nu`mân Ibn Bachîr رضي الله عنهما.

 

(2) Rapporté par At-Tirmidhi (2517), par An-Nasâ'î (5711) et par Ahmad (1/ 200), d’après Al-Hassan Ibn `Ali رضي الله عنهما. Qualifié de Sahîh par : Ahmad Châkir dans son authentification du Musnad d’Ahmad (3/ 169), Al-Albânî dans Al-Irwâ' (1/ 44) et Al-Wâdi`î dans As-Sahîh Al-Musnad (318).

 

(3) Les parties dures de la bête morte, dans lesquelles il n’y a pas de sang, comme : la corne, la dent, le sabot et la présure solide sont pures pour les hanafites. En effet, ces choses ne sont pas considérées comme étant mortes, puisque la vie n’y pénètre pas. Le mot Mayta (bête morte sans égorgement légal) désigne, lorsqu’on parle des animaux, ce qui a perdu la vie. La présure solide est ainsi unanimement reconnue comme étant pure ; quant à la présure liquide et au lait présent dans les mamelles de la bête morte, l’avis le plus fort est qu’ils sont purs [Al-Badâ'i` (1/ 63)].

 

(4) Majmû` Al-Fatâwâ d’Ibn Taymiyya (21/ 60).

 

(5) Majmû` Al-Fatâwâ d’Ibn Taymiyya (21/ 103).

 

(6) Rapporté par Abû Dâwûd (66), par At-Tirmidhî (66) et par Ahmad (3/ 31), d’après Abû Sa`îd Al-Khudrî رضي الله عنه. Il est Sahîh par les voies qui le renforcent, voir : At-Talkhîs Al-Habîr d’Ibn Hajar (1/ 13, 14) et Irwâ' Al-Ghalîl d’Al-Albânî (1/ 45).

 

 

Source :

 

http://www.ferkous.com

Tag(s) : #Fatwas
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