Voir : Mawqif Ahl e-Sunna wa el Jamâ’a min Ahl el Ahwâ wa el Bida’ de Sheïkh Ibrahim e-Rahaïlî.

16- La position des traditionalistes concernant le statut des viandes égorgées par des innovateurs. Il varie dans cette question selon les cas : la mécréance est-elle constatée chez cet innovateur ou non ?

 

Dans l’éventualité où il s’avère réellement un apostat, il n’est pas permis de manger sa viande conformément à la formulation des textes, et aux opinions des savants recensées sur le sujet venant interdire de manger la viande des mécréants et des païens à l’exception des gens du Livre (les Juifs et les chrétiens).

Si l’innovateur ne s’avère pas un apostat à travers son innovation, sa viande est dans ce cas autorisée comme le stipule le consensus évoquant l’autorisation de manger la viande égorgée provenant des musulmans en général.

 

Sa situation d’innovateur n’a aucune influence sur le fait de pouvoir manger sa viande tant que ce dernier reste musulman.

17- La position des traditionalistes concernant le fait de visiter un innovateur. Quant à l’innovateur apostat, il n’est pas légiféré de le visiter sauf s’il est fort probable que cette visite soit utile, comme par exemple si l’on parvient à le faire revenir aux préceptes orthodoxes, et par-là même à le faire rompre avec ses idées corrompues.

 

En outre, cette visite peut prendre un aspect légitime si celle-ci à pour but d’entretenir les liens de sang ou les bonnes relations avec les voisins. Toutefois, si cet individu n’atteint pas à travers son innovation le degré de mécréance, autrement dit si ce dernier est musulman, sa visite devient tout à fait légitime. Celle-ci relève plutôt des devoirs envers tout musulman.

 

Néanmoins, si ce dernier est connu pour faire la propagande de son innovation, il faut renoncer à le visiter dans le sens où ce comportement sert de punition à son encontre et de mise en quarantaine, non que sa visite soit interdite en elle-même.

18- La position des traditionalistes concernant le fait d’assister aux funérailles d’un innovateur. Il n’est pas permis de prier sur un innovateur apostat compte tenu du sens général des textes stipulant l’interdiction de prier en l’honneur d’un mécréant ou d’un hypocrite, et d’implorer le pardon d’Allah en leur faveur.

 

Si ce dernier n’est pas un apostat, il est toléré de prier sur lui voir tout à fait légitime. Cependant, si cet innovateur est un prêcheur, le cas échéant il est légiféré de renoncer à prier sur lui en s’astreignant toutefois à trois conditions :

A- Ce comportement doit avoir des effets de sanction, de dissuasion et d’exemple visant à faire renoncer quiconque à devenir comme lui, non que la prière soit interdite en elle-même.

B-Il doit être fort probable à l’esprit de parvenir à cet intérêt ; l’effet de dissuasion en l’occurrence à l’encontre des activités du défunt. Sinon, ce renoncement n’aurait légitimement aucun sens.

C-Une partie de la communauté doit absolument prendre l’initiative de prier sur cette personne décédée en particulier. Il n’est pas concevable que tous les musulmans puissent renoncer à prier en l’honneur d’un musulman bien qu’il soit un innovateur. Il est donc impératif de veiller convenablement à ses obsèques et à l’enterrer.

19- La position des traditionalistes concernant recevoir l’héritage de la part d’un innovateur ou bien de le faire hériter lui-même d’une personne quelconque. L’innovateur apostat ne peut en aucun cas hérité d’un musulman, comme il n’est pas permis de le faire hériter de quoi que ce soit conformément au Propos prophétique : 

« Le musulman n’hérite pas du mécréant, et le mécréant n’hérite pas du musulman. »
 


Cela s’applique pour l’innovateur apostat qui exhibe sa mécréance et qui l’annonce haut et fort. Toutefois, s’il ne l’affiche pas et garde les apparences de musulman à l’instar des innovateurs qui cachent leur conviction et se conforme à la croyance répandue des musulmans ; dans ce cas précis, il faut le juger selon les apparences.

 

Il lui est donc concevable de recevoir l’héritage d’un proche ayant décédé, comme il peut également léguer à autrui parmi les membres de sa famille conformément à l’usage en vigueur à l’époque du Prophète (), et des Compagnons envers les hypocrites. Ils faisaient appliquer envers eux la Loi sans distinction aucune, dans les affaires mondaines à l’exemple de l’héritage ou autre, dans la mesure où les personnes concernées n’affichaient pas la mécréance ou l’hypocrisie.

20- La position des traditionalistes concernant le fait d’avoir des sentiments de haine à l’encontre des innovateurs et de leur afficher de l’animosité. Parmi les principes élémentaires recensés chez les traditionalistes, c’est le fait d’avoir de l’antipathie envers les innovateurs et de leur afficher le mécontentement par dévouement envers Allah compte tenue de leur état de dissidence de la ligne orthodoxe, et de leur éloignement des principes de la religion.

 

Il est impératif d’exhiber un tel ressentiment au niveau des sentiments, et une telle opposition au niveau des actes en leur annonçant clairement notre désaveu. Cela se traduit dans les relations qui doivent s’avérer sévères et rudes. Il faut de surcroît renoncer à les aider et s’appliquer parfois à faire échouer leurs projets ou à avoir recours à tout autre procédé dont la fonction est d’afficher la haine et l’opposition.

21- La position des traditionalistes concernant le fait de pouvoir médire sur le dos des innovateurs. La médisance à l’encontre d’un innovateur est autorisée en regard de la Loi, si celle-ci revêt le rôle d’avertissement comme le formule les Textes et l’opinion des savants à ce sujet. Toutefois, il faut tenir compte de trois restrictions :

Premièrement : 

veiller à être sincère envers Allah.


Deuxièmement : 

il faut que la personne en question affiche son innovation, et qu’elle l’annonce ouvertement aux autres. Si celle-ci est discrète, il ne devient pas permis de médire sur elle et de ternir son honneur publiquement.

Troisièmement : 


cette personne-là doit compter parmi les vivants. Si celle-ci vient à décéder, auquel cas il n’est plus permis de le faire sauf dans la situation où ce dernier serait l’auteur de livres qui revêtent l’innovation, et s’il a laissé derrière lui des adeptes actifs dont la mission est de colporter ses idées. Dans ce cas précis, il devient impératif de mettre en garde contre lui.

22- La position des traditionalistes concernant le fait de donner le salut à un innovateur. Le statut dans cette question varie en fonction des cas ; du point de vue de la mécréance constatée chez cet innovateur ou non.

 

Dans le cas d’un apostat, il n’est pas concevable de le saluer en premier bien qu’il soit imposé de lui répondre s’il venait à le faire en disant par exemple : « À vous de même ! » Son statut ne distingue en rien de celui du mécréant d’origine. Si toutefois l’innovateur n’a pas atteint le degré d’apostasie, l’usage veut qu’il reçoive le salut en premier, tout en étant obligé de répondre à sa salutation éventuelle s’il venait à le faire ; son statut est le même qu’envers le reste des musulmans.

 

Cependant, il est légitime de renoncer à saluer à un prêcheur membre d’une secte que ce soit de le faire en premier ou de simplement lui répondre pour des raisons de sanction et de dissuasion de la même manière que le Prophète  s’est comporté envers certaines personnes parmi les musulmans ayant transgressé la Loi et commis des erreurs.

que le Prophète  s’est comporté envers certaines personnes parmi les musulmans ayant transgressé la Loi et commis des erreurs.

23- La position des traditionalistes concernant le fait de rester en compagnie des innovateurs. Mettre les innovateurs en quarantaine et renoncer à s’asseoir avec fait parti des principes élémentaires recensés de façon exhaustive chez les traditionalistes dans les ouvrages relatifs à la Tradition et au dogme. Les savants ayant répertorié la tendance orthodoxe sont unanimes à le constater depuis le siècle des Compagnons jusqu’à l’époque contemporaine.

 

Personne parmi les références reconnues ne conteste ce point. Or, il faut savoir que la mise en quarantaine (Hajr) des innovateurs a été légiférée pour des raisons et des buts précis et légitimes. Si ces objectifs sont réalisables, ce procédé devient légitime. Dans le cas contraire, il ne devient pas légiféré d’y avoir recours. Chercher à se les concilier pourrait même être désigné.

24- La position des traditionalistes concernant le fait de dénigrer les innovateurs et de les avilir tout en renonçant à les considérer et à leur vouer le respect. Le fait étant que dénigrer les innovateurs et ne pas les respecter fait parti des principes élémentaires recensés chez les traditionalistes conformément aux textes et au consensus établi chez les anciens.

 

Parmi les exemples de considération envers les innovateurs auxquels il faut absolument renoncer nous pouvons recenser : leur donner des titres valorisants et de beaux surnoms ayant des connotations d’encensement, leur sourire au visage, leur offrir la meilleure place dans les assemblées, être bienveillant envers eux, les inviter à manger, les féliciter, leur assigner des fonctions ou éventuellement les concerter. Il est impératif d’éviter ce genre de distinction.

25- La position des traditionalistes concernant le fait d’entamer une polémique avec les innovateurs. En règle générale, le discours avec eux est de deux sortes : il y a les textes de la Loi et les paroles des gens de sciences venant confirmer la controverse bénéfique. Autrement dit, toute discussion qui permet d’établir la vérité et de réfuter le faux ou bien qui a pour but d’enseigner et de mettre au clair des questions problématiques. L’autre ensemble concerne la controverse négative.

 

Autrement dit, toute discussion qui a la propension de réfuter la vérité et de défendre les mauvaises tendances ; ou si celle-ci est effectuée à des fins illégitimes comme le fait de polémiquer sur des notions ambiguës ; ou bien autour de la vérité après avoir été établie ; ou encore pour des raisons personnelles (pour exhiber sa perspicacité, son intelligence et sa culture, par ostentation ; ou pour recevoir les éloges des autres ou toute autre intention pernicieuse comme vouloir tenir tête et par fanatisme). Toute discussion rentrant dans le deuxième ensemble, se voit condamnable et donc interdite.

26- La position des traditionalistes concernant les sanctions appliquées aux innovateurs à l’exemple de la peine de mort ou toute autre sanction punitive. Le recours à la punition est légitimement établi chez les traditionalistes. La peine de mort a deux objectifs :

premièrement : 

mettre fin à l’apostasie s’il est constaté de la part d’un individu coupable d’un acte impliquant la mécréance et si toutes les preuves sont établies contre lui pour le condamner.


Deuxièmement :

 mettre fin à leur corruption dans le but de protéger les citoyens contre leur nuisance, même dans le cas où la mécréance ne serait pas constatée ; et cela, pour des raisons d’intérêt général.

Pour les autres sanctions, celles-ci sont indéfinies. Elles sont soumises à l’appréciation du chef de l’Etat qui choisit le mode de sanction adéquat. Il doit également tenir compte de certains paramètres liés dans le temps et dans l’espace à une conjoncture donnée.

 

C’est la raison pour laquelle les anciens avaient recours à plusieurs procédés pour remédier à ce fléau. Certains ont favorisé le bâton et le fouet, d’autres ont préféré l’enfermement en prison ou l’exil. Certains coupables se sont vus brûlés leurs œuvres voir leurs maisons, etc.

27- La position des traditionalistes envers le témoignage des innovateurs. Si l’on considère l'approbation du témoignage ou son refus, il faut savoir que les innovateurs se répartissent en deux catégories.

 

Une catégorie pour laquelle le consensus s’accorde à refuser le témoignage : elle correspond à l’innovateur apostats du fait de son innovation, ou bien à toute personne qui s’autorise le mensonge ou le faux témoignage en faveur de ses coreligionnaires. L’autre catégorie est sujette à controverse. Elle est liée aux innovateurs jugés non apostats.

 

Dans la situation où ces derniers ne s’autorisent pas le mensonge, le cas présent, certains savants permettent de recevoir leur témoignage dans l’absolu. À l’inverse, d’autre le refuse dans l’absolu. La plupart des gens de sciences toutefois font la distinction entre les prêcheurs et les non prêcheurs.

 

Ils ont accordé un crédit au témoignage de la personne non reconnue pour divulguer son innovation au dépend du prêcheur pour lequel ils ne permettent pas de le recevoir pour des raisons de dissuasion et de punition. Cette opinion demeure la plus pertinente in shâ Allah !

28- La position des traditionalistes concernant la transmission des Propos prophétiques. Toute narration de Hadith provenant d’un innovateur apostat se verra refuser pour la majorité des savants. Certaines références ont même relevé l’unanimité sur la question.

 

Par contre, concernant toute personne reconnue pour s’être autorisée le mensonge dans le but de défendre sa tendance, les savants s’accordent à dire qu’elle n’est pas crédible. Quant à l’innovateur non apostat, les avis à ce sujet sont partagés entre quatre opinions :

 

Les uns refusent sa parole sans condition, les autres la reçoivent sans condition sauf pour la personne s’autorisant à mentir. D’autres reçoivent celle du non prêcheur indépendamment de celle du prêcheur.

 

D’autres enfin émettent la nuance parmi les non prêcheurs de ne pas accepter de sa part tout Hadith venant conforter sa tendance. La tendance la plus pertinente reste la troisième opinion qui est celle de la majorité des savants.

29- La position des traditionalistes concernant le fait de recevoir l'instruction de la part des innovateurs et de leur donner des postes d’enseignants. Les anciens ont interdit de prendre les sciences chez les innovateurs et de leur assigner des postes de l’enseignement dans le but de préserver les enfants des traditionalistes d’être séduits par ces derniers.

 

Par ailleurs, cela constitue un bon moyen de dissuasion et de punition pour remédier à l’innovation. Or, cela correspond à la meilleure des situations.

 

Toutefois, il est possible de les employer à des fonctions d’enseignant en cas de force majeure de sorte que leur savoir soit indispensable à l’enseignement. En outre, si le fait de se passer de leur service entraîne des désavantages plus graves ou s’il existe un intérêt prépondérant à utiliser leur matière grise, auquel cas, nécessité fait loi.

30- La position des traditionalistes concernant le fait de recruter des innovateurs dans l’armée pour participer au Djihad. Cette question est fonction des cas rencontrés et de la conjoncture dans laquelle évoluent les musulmans.

 

Si le besoin se fait ressentir, il est possible de leur donner du service si ces derniers ont une bonne opinion des musulmans. Toutefois, il vaut mieux éviter de le faire si la situation le permet. Or, s’ils sont connus pour trahir systématiquement les musulmans et pour ne pas leur être fidèles, le cas échéant, il devient absolument interdit de rechercher leur aide.

 

 

Traduit par Karim Zentici


Source :

http://www.alminhadj.fr

Tag(s) : #Manhadj
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