Cheikh Mohamed Ali Ferkous ( Qu'Allah le préserve )

 

 

Question :

 

Mon cousin (le fils de ma tante maternelle) m’a demandée en mariage, or, il est apparu que sa mère a allaité ma mère. Lorsque nous l’avons interrogée (celle qui a donné le sein), elle nous a dit qu’elle l’avait allaitée une fois et peut-être deux. Pour être claire, il y a eu un ou deux allaitements.

 

Sa sœur (qui est, donc, une autre tante maternelle) témoigne qu’elle l’a vue l’allaiter la deuxième fois, mais ne sait pas s’il y a eu d’autres fois par la suite ou pas. Pour résumer, l’allaitement a eu lieu tout au plus deux fois.

 

Quand nous avons posé la question à ce sujet, on nous a répondu que l’allaitement qui interdit (le mariage) est au bout de cinq fois, ce qui correspond au hadith de `Â'icha رضي الله عنها: «Il avait été révélé dans le Coran que dix allaitements connus interdisent [le mariage], puis, ceci fut abrogé par cinq allaitements connus et le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم est mort alors que cela faisait partie de ce qu’on lisait dans le Coran.»(1) De même le hadith rapporté par Muslim : «Un ou deux allaitements n’interdit pas [le mariage].»(2).

 

Cependant, la problématique à laquelle nous faisons face est : qu’est-ce l’allaitement ? C’est-à-dire : qu’appelons-nous «allaitement» ?

 

Un des imams à qui nous avons posé la question nous a dit que «l’interdiction [au mariage] se réalise après cinq allaitements», mais il a poursuivi en disant que l’allaitement, dans les écoles d’Ach-Châfi`î et d’Ahmad, n’est pas l’allaitement qui rassasie dans le sens où le bébé prend le sein dans sa bouche [pour téter] puis le délaisse, puis le reprend et le délaisse de nouveau jusqu’à ce qu’il soit rassasié.

 

C’est plutôt le fait qu’il prend le sein dans sa bouche puis le délaisse de lui-même, ce qui en fait un allaitement, puis s’il le reprend et le délaisse de lui-même une nouvelle fois, cela est considéré comme un autre allaitement. Il y a divergence dans le cas où on le force à laisser le sein et qu’il y revient peu après.

 

Cet avis m’a beaucoup troublée. Est-ce que c’est la vraie façon de comprendre et de définir l’allaitement ? Egalement, j’ai lu un autre avis qui contredit la première, selon laquelle l’allaitement ne sera compté comme tel qu’à partir du moment où il est considéré comme un allaitement complet selon la coutume des gens («Al-`Urf»).

 

Voilà pourquoi je me demande si le bébé, lorsqu’il prend le sein à la bouche, puis le délaisse pour respirer ou autre, puis le reprend encore. Cela est-il considéré comme un deuxième allaitement, ou bien le tout constitue-t-il un seul ?

 

Quelle est la preuve qui appuie la première opinion et quelle est celle qui appuie la deuxième ? Merci.

 

Réponse :

 

Les louanges sont à Allah, le Souverain des mondes, et que la paix et le salut soient sur Muhammad, ainsi que sa famille, ses Compagnons et ses frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

 

Sache que la fatwa que l’on t’a délivrée, affirmant que l’interdiction [au mariage] ne s’applique pas avec moins de cinq allaitements distincts, est l’avis le plus évident et le plus fort. Le hadith de `Âicha رضي الله عنها rapporté par Muslim et cité dans la question, en est une preuve. Ce hadith vient restreindre ce qui est absolu (Mutlaq) dans le Coran et la Sunna, ce qui représente une explication et non une abrogation (Naskh) ni une restriction (Takhsîs).

 

Certains ont émis l’objection que le hadith décrit les cinq allaitements comme faisant partie du Coran, or le Coran a pour condition d’être Mutawâtir(3) et ce hadith, qui est l’objet de la divergence, n’est pas Mutawâtir.

 

Cette objection est rejetée par le fait que «le fait [que le texte rapporté] soit Mutawâtir est une condition pour la récitation [c’est-à-dire pour que le texte soit récité en tant que faisant partie du Coran] et non pour les règles et jugements».

 

Or, celui qui a recours au hadith vise le jugement qui en découle et non la récitation. Aussi, une preuve peut être affirmée par la présomption [dominante] (Dhann) et la présomption [dominante] impose la pratique. Les imams de la communauté ont mis en pratique des lectures du Coran provenant d’individus seuls (des lectures qui n’ont pas été transmises d’un grand nombre) dans beaucoup de questions, comme les lectures d’Ibn Mas`ûd et de Ubayy. [Ces questions] ont fait objet d’un consensus qui ne se repose sur rien d’autre que ces deux lectures.

 

Aussi, cette question est sujette à une longue étude et on peut se référer à : Zâd Al-Ma`âd d’Ibn Al-Qayyim(4), Al-Muhallâ d’Ibn Hazm(5), Bidâyat Al-Mujtahid d’Ibn Rushd(6), Al-Mughnî d’Ibn Qudâma(7),Charh Muslim d’An-Nawawî(8), Zâd Al-Massîr d’Ibn Al-Jawzî(9) et Nayl Al-Awtâr d’Ach-Chawkânî(10).

 

Cet avis est celui d’Ibn Mas`ûd et l’une des versions rapportées de `Â'icha, et l’avis de `Abdullah Ibn Az-Zubayr, Tâwûs, `Atâ, ach-Châfi`î, Ahmad (dans ce qui apparaît de son Madhhab), Ibn Hazm, Ibn Al-Qayyim et la plupart des disciples du hadith.

 

Quant au fait d’allaiter, il ne se réalise que par un allaitement complet, c’est-à-dire que le bébé prend le lait du sein et ne le délaisse que de lui-même, sans que quelque chose ne vienne l’interrompre.

 

Le fait qu’il tète une ou deux fois sans que l’allaitement ne soit complet, ne le nourrit pas et ne développe ni sa chair, ni ses os. Cela n’interdit, donc, pas (le mariage), conformément au hadith de `Â'icha رضي الله عنها dans lequel le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : «Une ou deux tétées n’interdit pas [le mariage].»(11), et dans une version : «Un ou deux allaitements (Imlâja) n’interdit pas [le mariage].»(12).

 

Ce qui est voulu par le terme «Imlâja» est la même chose que la tétée (Massa), qui est le fait de donner du lait une fois, et c’est aussi le fait de prendre une petite quantité d’une chose.

 

Si le bébé interrompt l’allaitement pour respirer, pour se reposer un peu, ou à cause de quelque chose qui le distrait et qu’il reprend peu après, ceci n’empêche pas que cela soit toujours le même allaitement. C’est, là, l’avis de l’imam Ach-Châfi`î dans la définition de l’allaitement unique, et cela est conforme à la langue arabe, comme l’a mentionné As-San`ânî dans Subul As-Salâm (3/ 438). Si cinq allaitements ont lieu de cette façon, ils interdisent le mariage, sinon il n’y a pas d’interdiction.

 

Et Allah est plus Savant et notre dernière parole est : les louanges sont à Allâh le Souverain des mondes et que la paix et le salut soient sur Muhammad ainsi que sa famille, ses Compagnons et ceux qui les suivent.

 

(1) Rapporté par Muslim (3670); par Abû Dâwûd (2064); et par An-Nassâ'î (3320), d’après `Â'icha رضي الله عنها.

 

(2) Rapporté par Muslim (3666) et par Ibn Mâjah (2016), d’après Umm Al-Fadhl رضي الله عنها.

 

(3) Une tradition Moutawâtir est une tradition rapportée par un groupe de narrateurs d’après un autre groupe qu’il est normalement impossible d’arranger un mensonge à son propos. Note du traducteur.

 

(4) (5/ 571).

 

(5) (9/ 10).

 

(6) (2/ 35-36).

 

(7) (7/ 536).

 

(8) (10/ 29).

 

(9) (2/ 46).

 

(10) (8/ 170).

 

(11) Rapporté par Muslim (3663); par Abû Dâwûd (2065); par At-Tirmidhî (1182); par An-Nassâ'î (3322); par Ibn Mâjah (2017) et Ahmad (7/ 48), 23506, d’après `Â'icha رضي الله عنها.

 

(12) Rapporté par Muslim (3664); par An-Nassâ'î (3321); et par Ahmad (7/ 476), 26332, d’après Umm Al-Fadhl رضي الله عنها.

 

 

Source :

 

 

http://www.ferkous.com

 

Tag(s) : #Mariage - divorce
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